Tu es chez toi ici, même si tu n’y crois plus

«Je ne me suis jamais senti ici chez moi». Ces mots qui frappent et qui déchirent le cœur, je les ai entendus de nombreuses fois venus d’une diversité effarante de personnes dans les dernières années. Parfois, ils m’étaient murmurés telle une confidence arrachée, d’autres fois, c’était un cri du cœur qu’on me lançait en pleine face, avec force et douleur.

La première fois, c’était il y a quelques années déjà. C’est un professeur d’université émérite qui se confiait à moi, peiné. Lui qui avait passé plus de la moitié de sa vie au Québec, eu une carrière admirable, une immigration réussie, sur papier, venait de décider qu’il retournait chez lui et qu’il ne reviendrait pas. Avec lassitude, il me racontait que, même après toutes ces années, malgré son parcours enviable, sa réussite économique et les privilèges qui en découlaient, il souffrait de toujours se sentir… différent dans le regard des Québécois de souche.